News-Infos :


Revenez nous voir !

  Aéroclub en favoris AéroClub en Home-Page


Partenaires Internet

 






 
Nous sommes le:

  le 14bis en 3D !
L'avion de Santos-Dumont comme vous ne l'aviez jamais vu ! modélisation en 3D interactive

fenêtre s'ouvrant en pop-up

les vols du 14bis

Après une première tentative le 13 septembre, le 23 octobre 1906, à bord du 14 Bis, Alberto Santos-Dumont parcourt la distance de 60m à 2m de hauteur. Il réalise ce qui est largement crédité en tant que premier décollage et vol entièrement autonome d’un plus-lourd-que- l'air. Le 12 novembre il franchit en vol une distance de 220 mètres en 21 secondes, à la vitesse invraisemblable de 41,3 Km/h ; cette prouesse est le premier vol au monde homologué par l'Aéro-Club de France et la toute jeune Fédération Aéronautique Internationale (FAI).

L'Aérohile

Les vols du 14bis
décrits par les membres del'Aéro- Club de France dans les Aérophiles de 1906.
de 1898 à 1947 l'Aérophile était la revue officielle de l'Aéro-Club de France.
Faite par et pour les spécialistes de l'aéronautique, toutes les inventions et les records y étaient scrupuleusement consignés.



L'AEROPLANE SANTOS-DUMONT

L'Aérophile juillet 1906

Juillet 1906

Le 18 juillet, Santos-Dumont se faisait inscrire à l'Aéro-Club de France pour disputer deux épreuves d'aviation qui n'avaient encore tenté aucun concurrent : 1° la Coupe d'aviation Ernest Archdeacon, superbe objet d'art dont le premier tenant sera le premier aviateur ayant fait contrôler un parcours minimum de 25 mètres avec un angle de chute de 25 0/0 au maximum ; 2° la prime de 1.500 fr. attribuée au premier aéroplane monté, ayant franchi 100 mètres au minimum, avec une dénivellation maxima de 10 0/0. (Pour le règlement détaillé de ces épreuves, voir Aérophile d'octobre 1904, page 223 et suiv.).

L'appareil à bord duquel le célèbre aéronaute va de nouveau tenter la fortune, n'est point l'hélicoptère, dont nous avons donné la description dans notre numéro de janvier 1906. Cet engin n'a point donné les résultats espérés, en raison surtout du mauvais rendement des courroies de transmission qui actionnaient les hélices. Le nouveau " plus lourd que l'air " est un aéroplane à moteur, dont voici les caractéristiques essentielles : La partie sustentatrice est constituée par six cellules de cerf-volant Horgrane accolées par une de leurs faces et disposées trois par- trois, de manière à former deux ailes figurant un angle dièdre, un V largement ouvert par en haut. Ces cellules, soutenues par des montants en bois de peuplier, sont constituées par une armature en bambou et roseau, tendue d'étoffe. L'étoffe engaine complètement l'armature par-dessus et par-dessous, de façon à réduire au minimum les aspérités nuisibles à l'avancement.
Les ailes sont fixées à une longue carcasse de bambou qui n'est autre chose que la poutre armée du dirigeable Santos-Dumont 14. Cette poutre armée est tendue d'étoffe. Elle porte à son extrémité avant, le gouvernail monté sur joint universel, orientable en tous sens et constitué par une cellule d'étoffe analogue à celles des ailes. A l'extrémité arrière de la poutre se trouve le propulseur, une hélice en aluminium à deux branches, l'ancienne hélice du Santos-Dumont XIV.
Cette hélice est actionnée par un moteur Antoinette de 24 chevaux ne pesant que 40 kilogrammes. Le radiateur, d'une forme spéciale, étudiée par Santos-Dumont, se trouve en arrière.
La nacelle d'osier est identique à toutes celles dont Santos-Dumont fit usage dans ses multiples expériences de ballons dirigeables. Cette nacelle est encastrée dans la poutre-armée, en avant du moteur, à l'aisselle des ailes. L'aéronaute a devant lui, à sa droite, un levier qui commande, par l'intermédiaire d'une cible de manœuvre, les mouvements verticaux du gouvernail ; à sa gauche, un volant qui commande de même les mouvements latéraux du même organe.
L'envergure de l'appareil est de 12 mètres, sa longueur totale de 10 mètres. La surface portante est de 80 mètres. Le poids de l'appareil, qui ne dépassait pas primitivement 160 kilos, s'est trouvé ultérieurement augmenté de plusieurs kilos, par suite de quelques modifications que nous aurons l'occasion d'indiquer. A ce poids, il convient d'ajouter celui de Santos-Dumont lui-même, qui ne dépasse pas 50 kilos.
Tout l'appareil est monté sur un chariot supporté par trois roues caoutchoutées, deux en avant, l'autre, plus petite, en arrière. Ces roues sont reliées à l'appareil par une suspension très élastique à ressorts de caoutchouc, imaginée par Santos-Dumont.
Avant de prendre jour avec les délégués de la Commission d'Aviation de l'AéCF, Santos-Dumont a commencé les essais préliminaires qui lui permettront de se familiariser avec le métier, nouveau pour lui, d'aviateur.
L'aéroplane avait été en premier lieu suspendu au-dessous du Santos-Dumont XIV, gonflé d'hydrogène, qui devait lui servir de flotteur. Dans ces conditions, l'aéroplane se trouvant soutenu par le ballon, mais reposant sur le sol par l'intermédiaire des roues, Santos prit plusieurs galops d'essais, dans son aérodrome de Neuilly-Saint-James, le 22 juillet. Sous l'impulsion puissante de l'hélice, l'appareil se mit en route, emportant l'aviateur. L'allégement du système fut manifeste, bien que l'exiguïté du terrain d'expériences ne permit pas d'atteindre une grande vitesse.
Le lendemain, vers 5 heures du matin, SantoS-Dumont se fit donc transporter à bras jusqu'au champ d'entraînement de Bagatelle, au Bois-de-Boulogne, distant de 400 à 500 mètres, et reprit l'expérience dans les mêmes conditions.
Il avait devant lui tout le champ nécessaire. Aussi, les essais furent-ils, cette fois, beaucoup plus probants que la veille. Propulsé par son hélice tournant à toute allure, l'aéroplane parcourut l'immense prairie réussissant plusieurs fois à quitter le sol pendant quelques mètres. L'effet de soulèvement fut surtout sensible, lorsque l'appareil marcha contre le vent, parce qu'alors sa vitesse propre et celle du vent s'additionnaient pour accroître la réaction sustentatrice de l'air sous les plans.
Mais l'herbe et le terrain rugueux de Bagatelle absorbaient certainement une trop grande partie de l'énergie, mise en œuvre, au détriment de la vitesse au lancer. Santos-Dumont résolut donc de continuer, sans perdre de temps, les essais préparatoires, au moyen de dispositifs ne présentant pas cet inconvénient et permettant de supprimer le ballon porteur.
A cet effet, il a fait établir dans son aérodrome de Saint-James, un câble de roulement aérien auquel l'appareil se trouve suspendu. Ce câble de 16 m/m de diamètre est en acier. Il est supporté par deux robustes poteaux enfoncés en terre et solidement haubanés. Le poteau de départ, qui porte une plate-forme à laquelle ont peut accéder par des échelons de bois, a 13 m. 50 de hauteur au-dessus du sol. Le poteau d'arrivée, établi de la même façon, n'a que 6 m. 50 de hauteur. La longueur du chemin de roulement aérien est de 60 mètres et la différence de niveau entre ses deux points extrêmes est de 7 mètres, soit une déclivité d'un peu plus de 11 0/0.
Pour procéder aux expériences, l'aéroplane ayant à bord son pilote est suspendu au câble par un chariot à deux galets. Il peut descendre le long du câble, soit sous le simple effet de la pesanteur, soit, en même temps, sous l'impulsion de son hélice. Ce dispositif permet de voir si l'appareil a une tendance à se soulever lorsqu'il a acquis une certaine vitesse, si l'action du gouvernail se fait sentir efficacement. Enfin et surtout, il donne à l'aviateur la faculté de se familiariser sans danger avec le maniement des divers organes qu'il a à actionner. Cet apprentissage est essentiel, car le conducteur de tels engins, plus encore que le pilote de dirigeables, doit avoir une habileté, une précision et une rapidité extrêmes dans la manœuvre .
A l'heure où nous écrivons ces lignes, quelques essais ont déjà été faits à l'étal captif, de la façon que nous venons d'indiquer, mais sans employer l'hélice. Le 29 juillet, notamment, l'appareil fut hissé au sommet de la pente au moyen d'une corde de rappel. On avait requis pour cette pénible manœuvre un auxiliaire inattendu, un superbe ânon nommé " Kuigno ", qui s'acquitta à merveille de son office.
L'aéroplane parvenu au sommet du poteau de départ, est abandonné à lui-même. Il descend alors le long du câble avec une vitesse sans cesse accrue jusqu'à ce que les hommes de manœuvre, sous la direction du mécanicien Chapin, l'arrêtent en tirant sur la corde de rappel. Durant ce trajet de quelques secondes, Santos-Dumont manœuvre rapidement son gouvernail. L'action de cet organe sur la direction latérale, se fait sentir de façon appréciable, mais ses effets sur la direction en profondeur, la plus importante au point de vue de la sécurité, sont encore plus énergiques et plus instantanés. Il faut considérer d'ailleurs que l'efficacité du gouvernail se trouvera singulièrement accrue, lorsque l'aéroplane descendra le long du câble avec la double impulsion de la gravité et de ses hélices, en raison de la vitesse très grande ainsi obtenue. Cette vitesse se trouvera accrue par la détente, au départ, d'une curieuse catapulte à puissants ressorts de caoutchouc, qui ajoutera, à l'essor, un effort de 200 kilogrammes supplémentaires. Notons enfin, qu'un frein élastique très puissant, composé de huit doubles de câbles en caoutchouc analogues à ceux des appareils Sandow, sera intercalé dans le câble de retenue, près de l'aéroplane. Un dispositif électrique spécial interrompra automatiquement l'allumage du moteur dès que l'appareil, près d'arriver à la fin de sa course, exercera sur ces câbles élastiques une traction donnée, bien en-deçà des limites d'extension de cet organe. Ainsi sera évité tout danger causé par l'inattention possible du pilote, oubliant de couper l'allumage.
Quant aux essais définitifs, en liberté dans l'atmosphère, ils nécessiteront le lancement de l'appareil sur une piste inclinée, établie en échafaudages et déjà installée à l'aérodrome de Neuilly. La longueur de celte piste est de 20 mètres pour dénivellation de 1 m. 20.



L'essor de Santos-Dumont


L'Aérophile septembre 1906

septembre 1906

Dans l'Aérophile de juillet 1906, nous avons décrit en détail l'aéroplane Santos-Dumont et indiqué les différents dispositifs que le célèbre aéronaute comptait mettre en œuvre pour les essais préliminaires de son engin. Notre compte rendu s'arrêtait a l'expérience du 23 juillet, dans laquelle l'aéroplane roulant sur ses trois roues, mais encore allégé par le ballon sustentateur, avait parcouru, sous l'impulsion de son hélice, le champ d'entraînement de Bagatelle.


Après s'être accordé quelques jours de repos, Santos-Dumont reprit la série de ses expériences L'ancienne hélice en bois tendu de soie, à pales trapézoïdales, fut remplacée par une hélice en aluminium, capable de donner, sous l'action du moteur " Antoinette " de 24 chevaux, une traction de 70 kilos. au point fixe. Celle hélice avait été établie par les soins de M. levavasseur. l'éminent ingénieur, directeur de la Société " Antoinette ".
Un premier essai de l'appareil ainsi modifié fut tenté le 21 août, sur le terrain du Polo. au bois de Boulogne, mais l'arbre de l'hélice, forcément tenu et léger, cassa au moment de la mise en route du moteur.
Cette avarie put être réparée le jour même, et le lendemain. 22 août, vers 4 heures du malin, un nouvel essai fut fait au même endroit. Eludant la phase des expériences préparatoires prévues tout d'abord, comme nous l'avons dit. Santos-Dumont abordait l'enlèvement direct par l'effet seul de la vitesse et de la réaction sustentatrice de l'air sous les plans. L'appareil, propulsé par l'hélice, roulait sur les trois roues de son chariot élastique, sans ballon porteur, ni chemin incliné de lancement, ni artifice d'aucune sorte. L'essai fut des plus encourageants, et l'allégement de l'appareil, par ses seuls moyens, assez manifeste pour que les roues avant du chariot quittassent, par instants le sol. Mais il parut évident que le moteur de 24 chevaux ne pourrait donner à l'aéroplane une vitesse suffisante pour déterminer l'envolée complète.
(1) Le dynamomètre n'avait point encore été mis en place le 11 septembre.

Sans hésiter, Santos-Dumont commandait aussitôt à M. Lcvavasseur, un nouveau moteur " Antoinette ", de 50 chevaux, celui-ci.
Dès le 3 septembre, le nouveau moteur était livré et installé à bord de l'aéroplane et le 4 septembre, à 5 heures du matin, l'appareil était amené, aux fins d'expériences, sur la pelouse de Bagatelle. A la première tentative, il apparut que l'accroissement de puissance motrice se traduisait par un très appréciable gain de vitesse. La possibilité de l'essor semblait imminente. Malheureusement, par suite d'une fausse manœuvre de l'équipe, l'appareil, retenu un instant de trop, plongea de l'avant et le gouvernail vint butter contre terre. Les dégâts étaient d'ailleurs insignifiants et purent être réparés en quelques heures.
Aussi, le 1er septembre, à cinq heures du soir, Santos-Dumont se rendait au secrétariat de l'Aéro-Club de France, pour faire prévenir la Commission d'aviation du club qu'il ferait, sous son contrôle, le lendemain vers 5 heures du matin, la première tentative officielle en vue de la Coupe d'aviation Ernest Archdeacon et du record vol plané.
Nous avons publié dans l'Aérophile d'octobre 1904, le règlement de ces deux épreuves qui n'avaient encore provoqué aucune compétition. Rappelons seulement que la " Coupe d'aviation Archdeacon ". objet d'art d'une valeur de 3.000 francs, aura pour premier tenant le premier aviateur ayant fait contrôler un parcours minimum de 25 mètres en vol plané. Une prime de 1.500 francs est, d'autre part, attribuée au premier aviateur qui établira, sous le contrôle officiel de la Commission d'aviation de l'Aéro-Club de France, le record des 100 mètres vol plané, sous certaines conditions d'orientation et de dénivellement.
La tentative projetée du 5 septembre ne put avoir lieu en raison du vent qui risquait de déchirer l'appareil pendant son transport à bras jusqu'à Bagatelle.
Mais le 7 septembre, le temps étant propice, eut lieu un essai qui permit à tous les spectateurs de prévoir, à bref délai, l'enlèvement décisif.
Une tentative devait être faite le matin, mais le temps était menaçant, et la crainte de la pluie la fit ajourner à l'après-midi.
Vers 5 heures donc, l'appareil démonté en deux pièces, était amené sur la pelouse de Bagatelle, près du pont de Puteaux, point choisi pour le départ. Pendant que l'on assemble les deux pièces principales, M. Arehdeacon, donateur de la Coupe, et président de la Commission d'aviation de f Aéro-Club, organise le service de contrôle.
Il y avait là MM. Paul Rousseau, chargé du chronométrage, Henry Kapférer, Robert Esnault-Pelterie, Levavasseur, inventeur des moteurs " Antoinette ", Auguste Nicolleau, Charles Levée, Georges Bans, Frédéric L'Iloste, et nombre d'autres membres de l'Aéro-Club, venus pour applaudir au succès de leur vaillant collègue.
En cotte bleue de mécanicien, étoilée du ruban de la Légion d'honneur, Santos-Dumont monte agilement dans l'étroite nacelle. On approche la grande manivelle montée sur un bâti de bois qui servira à mettre en route le moteur. Le remplacement d'un tuyau d'essence bosselé et qui fuit, retarde le départ ; la nuit approche rapidement. Tout à coup éclate enfin le ronflement puissant et rythmé des huit cylindres. L'hélice tourne éperdument, et aussitôt l'énorme oiseau s'élance ; il fond vers nous, les ailes déployées, vision fantastique dans cette immense prairie, déjà baignée d'ombre et de brume nocturne. Soudain, l'appareil se cabre en un bond puissant. Santos a manœuvré son gouvernail. Les deux roues avant sont à 2 mètres du sol. Seule, celle d'arrière l'effleure encore. L'aéroplane passe en trombe. Il va s'envoler... Mais non... Le grondement du moteur cesse brusquement, l'hélice s'arrête, et Santos, dans un geste désolé, s'écrie : " C'est ma faute, mon pied a glissé sur la pédale de débrayage. "
Dans un deuxième essai, l'appareil parcourt à 35 kilomètres à l'heure toute la longueur du champ d'entraînement, admirable de stabilité, surtout dans un long virage à droite magistralement exécuté. Mais le moteur parait donner moins bien que la première fois, et les roues ne quittent pas le sol.
Un troisième essai dans la nuit tout à fait venue a le même résultat. Santos-Dumont descend enfin de sa nacelle, longuement acclamé et rayonnant de voir si proche le succès définitif.
Le lendemain, 8 septembre, l'appareil avait été de nouveau amené à Bagatelle, lorsqu'à la mise en route, l'arbre de l'hélice s'étant rompu de nouveau à son extrémité postérieure, il fallut remettre l'expérience.
Les journées du 8 au 11 septembre furent employées à la parfaite mise au point du moteur et à la minutieuse révision de tous les organes. Une nouvelle hélice en aluminium, à pales en forme de penne, semblable à la précédente, mais d'un diamètre un peu plus grand, fut montée sur l'appareil.
La Commission d'aviation fut de nouveau convoquée pour le 13 septembre, à 7 heures, à Bagatelle. A l'heure fixée, elle s'y trouvait représentée par son président, M. Ernest Arehdeacon, donateur de la Coupe d'aviation et plusieurs de ses membres ; MM. Robert Esnault-Pelterie, Louis Blériot, Georges Besançon, Detable, Frédéric L'Hoste. Citons encore dans l'assistance : M. Levavasseur, l'ingénieur-aéronaute Emile Carton, MM. A. Nicolleau, Leblanc, Charles Levée, Hermite, le peintre et graveur Millier, Gomôs, André Fournier, de Avellar Lemgruber, nos confrères A. Wimille, Georges Bans, Dickins, Salagnac, etc., et ce public nombreux d'habitués qui suivit assidûment les précédents essais.
M. Ernest Arehdeacon installe le service de contrôle. Il mesure au décamètre les 25 mètres qu'il faut franchir pour la première attribution de sa Coupe, les GO mètres qui donnent droit à une prime espèces, et les 100 mètres qui vaudront une prime de 1.500 francs à l'aviateur qui les fera en vol plané. Un mouchoir, jadis blanc, fixé au bout d'une canne à pêche bénévolement prêtée par un fervent de la gaule, servira de poteau de départ improvisé.
Santos a cependant pris place en nacelle, le moteur gronde et, sous l'impulsion de l'hélice, l'immense engin de toile blanche accourt du fond de la prairie. Les roues d'avant quittent par instants le sol, l'appareil s'allège, mais il arrive à l'extrémité de la pelouse sans avoir pu s'enlever. L'hélice, d'un diamètre plus grand que la précédente, n'a tourné d'ailleurs qu'à 900 tours, alors qu'elle peut en faire 1.300.
Recommençons ! s'écrie Santos-Dumont. La manivelle de mise en marche est amenée ; l'appareil est orienté de manière à parcourir en sens inverse la route qu'il vient de suivre et. de nouveau, c'est le départ. La vitesse augmente, Santos braque son gouvernail. L'aéroplane se dresse, les deux roues avant quittent le sol. la roue d'arrière perd à son tour contact avec la terre et s'élève à 1 mètre environ au milieu d'un tonnerre d'acclamations. L'aéroplane continue librement quelques instants son vol majestueux et parcourt ainsi, à notre estimation, 7 à 8 mètres. Mais, presque aussitôt, il s'affaisse, roule quelques mètres encore en avant. Une masse brillante de métal traverse l'atmosphère. On accourt, l'appareil est à terre. Une des branches de l'hélice s'est brisée net au ras du moyeu ; on la retrouve à 50 mètres. L'autre branche est voilée ; le bâti de bambou sur lequel est installé le système moto-propulseur est brisé et tordu dans toute sa partie arrière ; l'arbre de l'hélice et le radiateur sont faussés ; ni les ailes, ni le moteur n'ont souffert et surtout, Santos-Dumont, qui descend de sa nacelle avec un admirable sang-froid, est indemne. Une longue ovation salue son succès et son courage.
Comment s'est produit l'accident? Infirmité du témoignage humain ! Les choses se sont passées si vite que deux versions, également admissibles, ont leurs partisans acharnés.
Selon les uns - et Santos-Dumont lui-même penche pour cette opinion - l'aéroplane, après son enlèvement, aurait repris contact avec le sol. Dans le choc, la suspension et les roues du chariot-porteur auraient fléchi de telle façon que l'hélice qui vient passer à 80 centimètres du sol environ lorsque l'appareil est au repos sur son chariot, aurait touché terre et se serait brisée, calant du même coup le moteur qui s'est arrêté de lui-même.
De nombreux spectateurs déclarent au contraire que l'appareil était encore en plein vol, mais faisait avec l'horizontale un angle très ouvert en avant, si bien que l'hélice, située tout à tait en arrière, vint toucher la terre et vola en éclats avant qu'aucune des roues n'eût repris contact avec la prairie.
Quoiqu'il en soit, il est incontestable que l'hélice s'est brisée au contact du sol. On a pu retrouver deux larges et profondes entailles faites par le bord coupant de ses pales : elles étaient séparées par une distance d'environ 15 centimètres, qui mesure l'espace parcouru pendant une demi-révolution. L'hélice tournant, pendant le deuxième essai, à 1.000 tours,
on pourrait avoir une idée approchée de la vitesse de l'aéroplane.

le procès-verbal de l'expérience
dressé par M. Archdeacon et les délégués de la Commission d'aviation de l'Aéro-Club,
pièce qui authentifie sans discussion possible ce mémorable événement :

Procès-verbal, - " L.e 13 septembre 1906, convoqués par M. Santos-Dumont, à ses expériences d'aéroplane au champ d'entraînement de Bagatelle, en vue de la Coupe d'aviation fondée par M. Ernest Archdeacon, nous avons constaté ce qui suit :
Vers 7 h. 50 du matlin, un premier essai de l'aéroplane a eu lieu, avec départ de l'extrémité nord de la pelouse ; l'appareil a parcouru toute la longueur du champ d'entraînement sans parvenir à quitter complètement le sol.
A 8 h. 40 du matin, un second essai fut fait exactement en sens inverse du premier. Dans celte tentative, après un parcours de deux cents mètres environ, roulant sur le sol. l'appareil, monté par M. Santos-Dumont, se souleva nettement des trois roues, d'une hauteur que les soussignés évaluent à 50 ou 70 centimètres, et vola sur un parcours de 4 à 7 mètres, avec une vitesse de translation estimée à 50 à 35 kilomètres à l'heure.
En revenant au sol, l'appareil vint à prendre une inclinaison assez grande pour que l'hélice touchât terre et se brisât en détériorant la partie arrière de l'aéroplane.
Les chiffres ci-dessus sont forcément un peu imprécis, vu la grande difficulté des observations, mais les soussignés ont cru de leur devoir, pour faire foi et dans l'intérêt de l'aviation, de rédiger le présent procès-verbal. "

La place nous manque pour examiner aujourd'hui le côté technique de cette expérience. Aussi bien on pourrait surtout le faire avec fruit et en pleine connaissance de cause, lorsqu'elle aura été renouvelée plusieurs fois, lorsque l'aviateur aura bien dans la main la manœuvre de son appareil et lui fera rendre tout ce qu'il peut donner.
Mais, constatons-le avec une satisfaction profonde, le 13 septembre 1906, pour la première fois, dans des essais publiés et officiellement contrôlés, un aéroplane à moteur emportant son homme a réussi à quitter le sol par ses seuls moyens, à se soutenir et à progresser quelques instants dans l'atmosphère. Ce premier succès, ce premier essor, frappera justement l'opinion publique ; il réjouira surtout cette minorité d'isolés, si longtemps méconnus et raillés, qui luttaient vainement pour convaincre leurs contemporains de la possibilité du vol purement mécanique.
C'est le premier pas, le plus difficile, dans la voie nouvelle ouverte à la locomotion aérienne. Les progrès maintenant, y seront rapides, car rien n'est contagieux comme l'exemple, rien n'est stimulant comme le succès. De nombreux appareils sont déjà en construction. Leurs essais ne tarderont guère et dans quelques mois, peut-être pourrons-nous saluer la conquête définitive de l'atmosphère par les appareils de vol purement mécanique.
C'est à l'homme qui eut le premier l'audace heureuse de s'élancer dans les airs à bord d'un dirigeable actionné par un moteur a pétrole, à Santos-Dumont. gagnant du prix Deutsch, en 1901, que nous devons en 1906, le premier enlèvement incontestable et contrôlé d'un aéroplane automobile monté. Quel éloge décerner a celui qui réussit ces deux exploits inoubliables, dont un seul suffirait à illustrer une carrière.





La Deuxième Envolée de Santos-Dumont


L'Aérophile octobre 1906
Par le Capitaine Ferber - Secrétaire de la Commission d'aviation de l'Aéro-Club de France

octobre 1906

Le 23 octobre 1906 restera une date mémorable. Ce jour-là, à 4 h. 45 m. du soir, Santos-Dumont, monté dans son aéroplane N° 14 bis propulsé par un moteur de 50 chx Antoinette, a quitté le sol et a parcouru en plein vol une distance supérieure à 50 mètres et inférieure à 100 mètres. La hauteur moyenne a été d'environ 3 mètres. Mais j'ai cru personnellement observer un maximum de 5 mètres.

Les membres de la Commission d'aviation présents, ont donc pu attribuer sans contestation la Coupe Archdeacon, dont le premier tenant doit parcourir au moins 25 m.
Cet événement est de la plus haute importance, car il fixe, par un contrôle officiel un résultat bien défini.
Certes, nous savions bien que la solution était proche. Depuis Lilienthal et Chanute qui avaient montré la possibilité de soutenir un homme, de grands progrès avaient été faits. M. Archdeacon avait remué l'opinion, j'avais répété les expériences de Lilienthal, Voisin avait expérimenté sur l'eau et l'invention française des moteurs extra-légers augmentait les espérances de tous ; mais il restait malheureusement un trop grand nombre de sceptiques.
Dorénavant, il y a un fait précis : parlant du sol, un homme dans une machine volante a parcouru plus de 50 mètres ; ce n'est pas là un de ces résultats apocryphes ou simplement affirmés comme ceux des frères Wright.

A ce propos, j'ai toujours cru au succès de ces derniers, parce que je me rendais compte, par mes propres expériences, de ce qui était actuellement possible; mais aujourd'hui, je crois que si les frères Wright ne font pas d'expérience publique, ils perdront non seulement le profit qu'ils escomptent, mais même la gloire d'être les premiers inventeurs.
Quoi qu'il en soit, hier, à 4 h. 4 5 m., Santos a mis son moteur en marche, l'aéroplane a roulé sur le sol, en équilibre immédiatement sur deux roues, grâce au gouvernail habilement manœuvré.
Sa vitesse paraissait dépasser 30 kil. à l'heure. Rappelons que sa surface est de 80 m son poids total de 300 kilog. dont 150 kilog, de partie motrice. L'hélice dessinée et construite par Levavasseur, est à deux branches, avec bras en acier portant les palettes en aluminium. Son diamètre est de 2 m., son pas de 1 m. et son poids de 8 kilog. Elle donnait, au point fixe, une poussée de 146 kilog., c'est-à-dire la moitié du poids total. L'appareil devait certainement s'enlever et c'est, en effet, ce qui arriva après un parcours sur le sol de 100 m. environ. On le vit lever doucement son gouvernail et lentement, sans choc, la foule stupéfaite, voit les roues quitter le sol. C'était extraordinaire, parce que pendant assez longtemps, la hauteur au-dessus du sol a été minime. Puis, la montée s'est faite graduellement, l'équilibre longitudinal paraissant parfait.
L'équilibre latéral était également bon; la machine a d'abord donné de la bande légèrement à droite, puis à gauche davantage. L'aviateur, craignant alors que ce mouvement ne s'accentue, coupe l'allumage et l'aéroplane descend lentement. A l'atterrissage, un choc qui paraît léger a lieu ; cependant, les roues cassent, ainsi qu'une partie du gouvernail avant.
La foule, muette jusque-là d'admiration, pousse alors un hurlement d'enthousiasme et tous, jeunes ou vieux, hommes ou femmes, galopent ensemble vers la nacelle intacte, d'où un Américain de haute stature, M. Huntington, extrait Santos et le porte en triomphe.
C'est inénarrable, les cris, les bravos parlent de toutes parts. On salue le triomphateur et l'ère nouvelle qui s'ouvre à nous.
Car, il ne faut pas s'y tromper, c'est réellement un monde nouveau qui s'ouvre devant l'homme. Ces appareils qui ne sont pas plus chers que les automobiles, vont se multiplier, nous allons assister à l'éclosion d'un sport nouveau et combien passionnant ! Il faut songer que depuis la création du monde, l'homme, bien que vivant dans un espace à trois dimensions, est en réalité attaché par la pesanteur à une surface : il ne vit que dans un espace à deux dimensions. Il n'a, pourrait-on dire dans un langage pseudo mathématique, qu'une conception infiniment plate de l'univers.
La conquête de l'air lui permettra de vivre réellement dans l'espace à trois dimensions, il pourra faire " varier.", diront encore les mathèmaticiens !
Une ère nouvelle commence ...




Après la victoire; le " banquet Santos-Dumont "


L'Aérophile a minutieusement noté les tentatives successives qui, en quelques semaines, ont conduit Santos-Dumont à l'éclatant succès du mardi 23 octobre 1906. (Voir l'Aérophile de juillet et septembre 1906) Mentionnons donc, pour être complets, après l'article dans lequel le capitaine Ferber, rend au célèbre aviateur, le plus autorisé des hommages, les deux tentatives faites clans la mutinée du 23 octobre. A 9 h. 15 du matin, toujours à Bagatelle, I'appareil avait pris un premier galop d'essai, roulant en partait équilibre sur deux roues seulement, la roue arrière du chariot porteur ayant été supprimée. Aussitôt après, la machine avait parcouru 15U m. environ avec un allégement très visible, mais dut s'arrêter par suite de la rupture d'un des boulons d'assemblage de l'arbre de l'hélice à l'arrière du moteur, avarie très légère el réparée en une heure à l'usine Antoinette.
La suppression de la roue porteuse arrière, faite après la première envolée du 13 septembre (voir Aérophile de septembre), avait permis de ramener à 250 kilogs le poids de l'appareil non monté. De plus, la voilure avait été vernie et Santos-Dumont attribue à cette opération une notable amélioration de la qualité portante des surfaces. Il constate une remarquable impression de bien-être, de translation souple pendant le vol et aussi la difficulté qu'il eut, à se rendre compte de la hauteur il laquelle il planait.
Dans sa séance du 26 octobre, la Commission d'aviation de l'Aéro-Club de France, présidée par M. Ernest Archdeacon, a pris les décisions suivantes:
" La Commission d'aviation, dans l'impossibilité où elle s'est trouvée de mesurer avec précision en se conformant aux termes du règlement, le parcours aérien effectué le 23 octobre 1906 par M. Santos-Dumont, mais certaine que la distance minima prévue de 25 mètres a été dépassée, attribue pour cette distance, à M. Santos-Dumont, la Coupe d'aviation Archdeacon.
Vote par acclamation des félicitations chaleureuses à M. Santos-Dumont ;
Et décide de fêter son succès, en organisant, en son honneur, un banquet public, ouvert à tous les amis de la locomotion nouvelle."
La date du " banquet Santos-Dumont" est fixée au samedi 10 novembre 1906, à 7 h. l/2 du soir. Les adhésions de 10 Fr. par couvert, sont reçues à l'Aéro-Club de France, 81, faubourg Saint-Honoré, Paris.
Les amis et admirateurs de l'homme extraordinaire qui, après avoir si brillamment conduit à la victoire le premier ballon dirigeable actionné par un moteur à explosions nous fit assister cinq ans après au premier succès public et contrôlé d'un " plus lourd que l'air " automobile emportant son homme, se presseront en foule à ce banquet du 10 novembre.
- N. D. L. R




Nouveau Triomphe de Santos-Dumont


L'Aérophile décembre 1906

Novembre 1906

Le célèbre aviateur gagne par 220 mètres, la prime de 1.500 francs attribuée par l'Aéro-Club de France aux premiers 100 mètres en vol plané.
On se blase vite à notre époque où les progrès en tous genres, et surtout en locomotion aérienne défilent sous nos yeux avec une rapidité cinématographique. Lorsque, le 12 novembre dernier, à Bagatelle, Santos-Dumont, dans son aéroplane automobile, renouvelait à plusieurs reprises, au cours de trois expériences, ces envolées prolongées dont la première nous émerveilla tant le 23 octobre dernier la foule paraissait déjà trouver cela tout simple et tout naturel.


Bien pittoresquement moderne le spectacle de l'immense pelouse de Bagatelle, toute poudrée de gelée blanche dans une matinée radieuse mais froide, et où se trouvaient déjà dès 8 heures du matin, deux aéroplanes automobiles: celui de Santos-Dumont et celui d. MM. Blériot et Voisin. Dans la légère brume qui estompe les futaies couleur de rouille plus de cent automobiles sont rangées sur les allées qui entourent la prairie. Bien que les expériences n'eussent pas été annoncées, pour éviter l'affluence, dès la première heure, une foule élégante est là, parmi laquelle se retrouvent les personnalités du monde aéronautique et automobile; des cavaliers, des officiers de toutes armes, une armée de cyclistes, des compagnies de fantassins à l'exercice, des trotteurs à l'entraînement complètent et animent ce curieux et vivant tableau.
Citons parmi les .notabilités présentes : MM. le marquis de Dion, le chevalier R. de Knyff, R. Esnault-Pelterie, Victor Tatin, Louis Blériot, Voisin, Levavasseur, le savant ingénieur dont les moteurs extra-légers " Antoinette " contribuent si utilement aux progrès merveilleux de l'aviation; Louis Renault, Henry Kapférer, Charron, le capitaine Ferber, Paul Housseau, Henry Deutsch de la Meurthe, T. Vuia, Forestier, l'aimable conservateur du Bois de Boulogne; Journu, James Bloch, Bourcier Saint-Chaffray, de Avellar-Lemgruber, Fauber, Bonnemaison, A. Nicolleau, André Fournier, Georges Bans, Frantz Reichel, P. Manoury, Wimille, Dickins, etc.
Santos-Dumont s'était inscrit à l'Aéro-Club de France pour disputer : la prime de 1.500 francs au premier aviateur faisant 100 mètres en vol plané, un des 10 prix de 100 Fr. avec médailles d'argent de l'Aéro-Club de France à attribuer aux 10 premiers expérimentateurs ayant parcouru 60 m. au minimum en vol plané, et enfin le Grand-Prix d'Aviation Deutsch-Archdeacon de 50.000 francs pour le premier vol mécanique de1 kilomètre en circuit fermé (1). En outre, il lui était loisible de courir à nouveau la Coupe Archdeacon, dont il est devenu le premier tenant depuis le 23 octobre 1906 dans les conditions que nous avons relatées. Le règlement de cette épreuve autorise, en effet, le détenteur de la Coupe à battre son propre record autant de fois qu'il le pourra.
Pour assurer la régularité de ces différentes épreuves, MM. Ernest Archdeacon, président de la Commission d'aviation de I'Aéro-Club de France, Ed. Surcouf, secrétaire de la Commission sportive, Georges Besançon, secrétaire général de l'Aéro-Club de France, Jacques Faure, organisent le service de contrôle. Un fanion à flamme tricolore marque la ligne de départ à partir de laquelle l'aéroplane sera en course. Des jalons sont plantés de 100 m. en 100 m. jusqu'au poteau de virage placé à 500 m. de la ligne de départ. Des commissaires bénévoles, parmi lesquels MM. Paul Tissandier, Ernest Zens, Vinet, Albert Omer-Decugis, Georges Dubois, Pierre Gasnier, René Gasnier, Héraud, Charles Levée, Cormont, Hermite, Gaston Besançon, etc., font ranger l'assistance, ménageant ainsi une large piste libre de part et d'autre de laquelle ils s'échelonnent, de façon à bien repérer les points où se produiront les enlèvements de l'aéroplane et les retours au sol. Enfin, dans l'après-midi, une excellente automobile C. G. V., obligeamment mise à la disposition des officiels par M. Charron, se maintenait à la hauteur de l'aéroplane à vingt mètres sur sa droite. Avaient pris place à bord : MM. Archdeacon, Surcouf, chargé du chronométrage, P. Tissandier et Jacques Faure, lequel, muni d'une pile d'assiettes, avait mission de les laisser tomber une à une, au moment même où l'appareil quittait et reprenait le sol. Ce moyen de contrôle Improvisé, complété par ceux que nous avons énumérés, permit de noter avec une exactitude très suffisante l'étendue de la plupart des vols.
Avant toute chose, notons une intéressante addition faite par Santos-Dumont à son appareil à la suite de l'expérience du 23 octobre. Deux gouvernails auxiliaires avaient été montés sur la cellule terminale de chacune des ailes de l'aéroplane. Ces gouvernails, sensiblement en forme de losange sont constitués par une armature rigide entoilée. Ils sont fixés par les extrémités de leur grande diagonale à deux montants de la cellule et sur son bord avant, à peu près au milieu de sa hauteur. A l'état normal, ces plans sont maintenus perpendiculaires au sol par des ressorts de rappel en caoutchouc. Mais ils peuvent être écartés de cette position et amenés à prendre sur l'horizontale une incidence variable, en pivotant autour de leur grande diagonale sous l'action de commandes en cordeau. Ces commandes sont terminées chacune par un anneau dans lequel Santos-Dumont, une fois en nacelle, enfonce, jusqu'à l'épaule, son bras droit pour la commande du gouvernail de gauche et son bras gauche pour celle du gouvernail de droite. Il est facile de comprendre qu'une fois ces commandes bien réglées, l'aviateur en se penchant plus ou moins à droite ou à gauche, incline plus ou moins sur l'horizontale les gouvernails de nom inverse et détermine, à volonté, une résistance variable qui peut concourir utilement à atténuer un mouvement de roulis, s'il s'en produit, à redresser l'appareil, et à favoriser un virage.
Mais il y a là une question d'opportunité, de plus ou de moins, qui nécessite de la part de l'opérateur une grande expérience. Notons enfin que la surface totale de sustentation réellement active, peut s'évaluer à 52m environ et non à 80 m comme il avait été dit primitivement.
Voici maintenant les résultats techniques de la journée : Santos-Dumont exécuta le 12 novembre quatre essais, deux dans la matinée et deux dans l'après-midi :
Premier essai. - Départ à 10 h du matin. L'appareil s'enlève avant la ligne de départ et parcourt en 5 secondes, à 40 centimètres du sol, une quarantaine de mètres. Le moteur tourne à 900 tours.
Deuxième essai. - Départ à 10 h. 25. L'appareil parcourt tout le champ d'entraînement, exécutant deux vols à peu de distance du sol, le premier de 40 et le second de 60 mètres environ. Le parcours se termine par un essai de virage en plein vol, virage arrêté par la proximité des arbres, après qu'un quart de volte à droite était déjà effectué. L'essieu de la roue porteuse droite, légèrement faussé dans l'atterrissage, est réparé pendant le déjeuner.
Pendant ces deux essais, des brises assez inconstantes soufflaient par risées. Le deuxième essai, notamment, eut lieu par vent nettement arrière, ce qui est, on le sait, une difficulté de plus pour l'aéroplane.
Durant le répit du déjeuner, un vent très vif avait fini par s'établir. Il s'apaisa vers 4 heures et les expériences furent alors reprises.
Troisième essai. - Départ à 4 h 9. Deux envolées, la première de 50 mètres et la seconde, chronométrée par MM. Surcouf et Besançon, de 82 m. 60 en 7 s. 1/5, soit 11 m. 47 à la seconde ou 41 kil. 292 à l'heure. Essai de virage à droite, arrêté par la barrière du Polo, alors que l'appareil avait déjà décrit presque une demi-volte. .
Dans cet essai, Santos-Dumont a donc officiellement battu son parcours du 23 octobre, par lequel il détenait déjà la Coupe d'aviation Archdeacon et gagne, le premier, l'une des primes de 100 francs allouées à chacun des 10 premiers aviateurs, effectuant un parcours minimum de 60 mètres en vol plané. Tous les trajets précédents avaient été exécutés dans le même sens, le départ se faisant à l'extrémité nord de la pelouse de Bagatelle et l'arrêt vers le Polo.
Le quatrième essai s'opéra en sens inverse des trois autres, la manivelle de mise en marche du moteur, montée sur chariot à galets, ayant été amenée au point où l'aéroplane avait stoppé. L'aviateur partait donc face au vent, et bien que ce vent fût redevenu très faible, c'était pour lui un avantage. Le départ eut lieu à 4 h. 45, dans le jour déjà déclinant. L'appareil favorisé par le vent debout et aussi par une très légère pente est presque tout de suite à l'essor. Il file éperdument, surprenant les spectateurs éloignés qui ne se rangent pas assez vite. Pour éviter la foule, Santos augmente l'incidence et dépasse 6 mètres de hauteur. Mais du même coup la vitesse a diminué. Le vaillant expérimentateur a-t-il un instant d'hésitation ? L'appareil paraît moins sûrement équilibré; il esquisse un virage à droite. Santos, toujours merveilleux de sang-froid et d'adresse, coupe l'allumage et revient au sol. Mais l'aile droite touche avant les roues porteuses, et subit de très légères avaries. Heureusement, Santos n'a rien, et c'est alors la ruée des assistants emballés et leur frénétique ovation, tandis que Jacques Faure, enthousiasmé, porte en triomphe sur ses robustes épaules le héros de cette admirable prouesse.
Le parcours aérien, exactement mesuré, est de 220 mètres en 21" 1/5, soit 10 m. 38 à la seconde ou 37 kil 358 m à l'heure.
La prime de 1.500 francs aux 100 mètres en vol plané est, on le voit, gagnée de loin.
La prime de 100 francs aux 60 mètres en vol plané était acquise, nous l'avons dit, dès le troisième essai de la journée, avec la médaille d'argent de l'Aéro-Club de France qui lui est annexée. Santos-Dumont, mû par un sentiment auquel on ne saurait trop applaudir, confie à son habile et fidèle mécanicien Chapin le soin de répartir les primes en espèces parmi son personnel.
Dans son troisième essai, Santos-Dumont, déjà détenteur, depuis le 23 octobre, de la Coupe Archdeacon par 25 mètres, portait son record à 82 m 60 Dans le quatrième essai, Il battait à nouveau son propre record, comme le règlement l'y autorise, et portait la distance à 220 mètres. Ces résultats remarquables ont été homologués par la Commission d'aviation de l'Aéro-Club de France dans sa séance du 16 novembre.
On peut même espérer après les essais de virage du 12 novembre, que le circuit fermé d'un kilomètre du Grand-Prix Deutsch-Archdeacon de 50.000 francs ne tardera pas à être bouclé par celui qui fut déjà, il y a cinq ans, le glorieux triomphateur du Grand Prix Deutsch pour les ballons automobiles.
Dans la matinée du même jour, le 12 novembre 1906, l'aéroplane Blériot et Voisin, d'une exécution très finie, le même appareil que nous présentions dans l'Aérophile d'octobre, mais maintenant monté sur roues, a procédé é des essais préliminaires de mise au point. Mais il ne put donner toute sa vitesse, le réglage concordant des deux moteurs " Antoinette " dont il est muni n'étant pas parfait. Après avoir roulé à une bonne allure, sans toutefois s'enlever, dans un dernier essai, tandis que le mécanicien, M. Le Métayer, occupé au réglage des moteurs, ne regardait pas devant lui, l'engin, en franchissant le double caniveau d'une allée qui coupe la pelouse, subit des avaries sérieuses dans les plans superposés d'avant et les hélices venues au contact du sol se brisèrent.
Les dégâts seront vite réparés et nous croyons savoir que M. Blériot remplacera par un moteur "Antoinette" unique de 50 chevaux les deux moteurs de 24 chevaux de même marque qui existaient précédemment.

les vols du 14bis
 

AéroClub de France, 6 rue Galilée 75116 Paris - tél: 01.47.23.72.72