Hommage à Robert Boname (1906-2005)

par Jean-Michel Amirault
Président d’honneur de la Commission Histoire, Arts et Lettres de l’AéCF

Evoquer une vie et une carrière comme celles de Robert Boname est un singulier et riche exercice ; il déploie sur trois quarts de siècle une fantastique aventure de l’aviation.

Il était non seulement l’un des membres les plus anciens de l’Aéro-Club de France, mais il en fut, en des temps difficiles, le promoteur avisé d’un bord à l’autre de l’Atlantique.

Né en 1906 à Seloncourt (en Franche Comté une province qui conjugue, avec constance, imagination et sens de l’effort). Diplômé de l’Ecole Centrale (promotion 1930), il complète sa formation par un long stage aux Etats-Unis chez un constructeur d’avions légers qui dispose d’une soufflerie pour maquette ; il participe à l’effort de recherches qui va déboucher sur une véritable révolution technique et l’expansion du transport aérien à travers le monde. A partir de 1935, 13 000 DC3 seront construits.

Le souci de Robert Boname est alors d’informer les autorités et les constructeurs aéronautiques français des progrès réalisés Outre Atlantique. Son Rapport de 1934 fait date : il est poliment entendu mais peu écouté même au sein de l’entreprise Breguet. A la notion industrielle de série retenue par les Américains et les Anglais, on oppose celle de prototypes multiples et constamment perfectibles, construits en quelques exemplaires, politique qui se révèle onéreuse et bientôt défaillante.

C’est la société Lioré Olivier, chargée de construire un bombardier à long rayon d’action qui réserve à Robert Boname le meilleur accueil : on lui demande de construire une soufflerie où incorporer la plupart des innovations techniques retenues Outre Atlantique. C’est sur ces bases que seront conçus les bombardiers

 » Lioré 45  » et les hydravions  » Lioré  » destinés à la Marine Nationale et à Air France. Sont également essayées des maquettes dotées de moteurs électriques apparus sur le marché allemand.

Au cours de la même période, le Sénateur Amaury de la Grange Président de l’Aéro Club de France et son ami Louis Couhé Directeur de l’Aviation Civile, demandent à Robert Boname de constituer un comité des meilleurs ingénieurs et techniciens afin de jeter les bases d’un hydravion transatlantique. Le rapport établi sous l’égide de l’Aéro Club de France est remis au Ministère au printemps 1934 ; il prévoit la construction d’un hydravion de 40 tonnes, d’un rayon d’action de 6 000 km pouvant transporter une vingtaine de passagers. Le rapport recommande le trajet Brest New York avec escale aux Bermudes, l’établissement d’une base à St Pierre et Miquelon, et la présence d’un bateau de station météorologique au Sud de cette île. En fait, un seul appareil, le  » CAMS 161 « , sera commandé à Potez.

En 1937 Robert Boname devient responsable de la Société Air France Transatlantique et doit assurer la mise au point de l’hydravion Latécoère 521  » Lieutenant de vaisseau Paris « . Sa construction entreprise en 1930, sans clients ni secteur d’utilisation bien déterminé, l’appareil offre des possibilités mal connues. Avec un équipage d’élite commandé par H. Guillaumet, de nombreux vols d’essai seront nécessaires pour apporter maintes modifications et pouvoir engager l’appareil sur l’Atlantique avec une sécurité suffisante. Finalement l’équipage effectuera six allers retours entre la France et les Etats Unis, sans incident.

A la veille de la guerre Robert Boname fait équiper trois avions quadrimoteur Farman, deux de ces appareils munis d’une cabine étanche et d’un dispositif de ravitaillement en vol étaient prêts à assurer les liaisons postales entre les deux continents. En 1939, l’un de ces Farman participa à la recherche du croiseur allemand  » Graff Spee  » au large des côtes du Brésil. Le même appareil sous les ordres du Commandant Daillière bombarde, à partir de Bordeaux, des centres industriels allemands et même, une fois, Berlin.

En 1940, au lendemain de l’Armistice, Robert Boname continue à suivre la construction d’hydravions destinés à l’Atlantique et en 1941, il est envoyé aux Etats Unis pour y suivre le développement des vols transatlantiques ; il participe à l’exploitation d’une compagnie américaine, chargé du transport de personnel militaire vers l’Angleterre et l’Afrique du Nord.

En 1943, il rejoint la Mission de l’Air française à Washington; promu Commandant, il contribue, en liaison avec le Colonel de Marinier, à la création du  » Réseau des Lignes Aériennes Françaises « .

En 1945 la France amorce une reprise de la construction aéronautique que Robert Boname juge malencontreuse, notamment en décidant de poursuivre la construction d’hydravions alors que la guerre a démontré la viabilité et la supériorité d’avions terrestres pressurisés. Lors d’une entrevue avec le Ministre de l’Air de l’époque, Charles Tillon lui sait gré de cette information mais, pour des raisons politiques, il entend donner rapidement du travail aux constructions engagées avant guerre ; de fait, il passe commande de dix Latécoère 631 qui

allaient connaître une série de tragiques accidents. Air France d’abord favorable à l’hydravion modifiera rapidement sa position en achetant des DC4 et des Constellations. Reprenant contact avec A. de la Grange, ce dernier fait part à Robert Boname d’un projet d’envoi de jeunes stagiaires français aux Etats Unis, afin de les initier aux méthodes de travail de l’industrie américaine. Il le nomme représentant de l’Aéro Club de France aux Etats Unis et le charge d’établir un réseau d’entreprises avec lesquelles le projet sera réalisé.

En 1947, Robert Boname fonde sa propre société qui devient aux Etats Unis l’antenne technique d’approvisionnement des Transporteurs Aériens Privés (UAT, TAI, Air Algérie, Air Maroc, Air Liban).

Ayant pris sa retraite en France en 1975, Robert Boname conserve une activité de

représentation et intervient comme conseiller dans le domaine des travaux aériens, notamment ceux de la lutte contre les feux de forêt.

Très attaché à l’Aéro-Club de France, il en suit les diverses activités et le manifeste en honorant d’un Prix substantiel les lauréats de l’an 2000 (Bertrand Piccard et Marius Roche). Résidant alternativement en Nouvelle Angleterre et à Cagnes s/Mer, Robert Boname a gardé un vif et plaisant souvenir de sa province natale que nous avons visité ensemble il y a trois ans

La brève évocation de ce parcours exceptionnel témoigne du rôle de Robert Boname dans l’histoire de l’Aéro-Club de France et de la tristesse que nous cause sa disparition.

Jean-Michel Amirault.

 

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